dimanche 4 octobre 2009

La fin du commencement ou le commencement de la fin ?

Bien le bonjour !
Ca fait longtemps que je n'ai pas écrit.
Alors pour vous consoler, voici un aperçu direct de la vie ici :

Ca c'est les courses que j'ai faites ce matin. Enfin "ce matin". Ce matin déjà y en pas eu parce que j'ai pas pu dormir avant 4h et quelques du mat' - la nuit de 10h de la veille n'a pas pardonné - et j'ai gentiment glandé dans mon lit après m'être réveillé. Après j'ai rangé mes fringues (d'ailleurs, orage odesespoir, si je ne trouve pas une solution de rechange efficace je vais devoir me taper le repassage. Et mes fringues sont pleines de peluches, aussi) et j'ai fait le ménage. Ensuite je suis allé courir une heure. J'étais assez pathétique mais bon, je me pardonne vu que ça fait des années que je n'ai pas couru. Tiens j'aimerais bien trouver une piscine dans le coin. Y a l'Océan mais 1) je sais pas où il est (ballot pour un type qui vit sur une île...) et 2) il doit cailler A MORT. Revenons-y : j'ai acheté ça donc, et ça m'a coûté 3.330 yens. Soit exactement, au cours d'aujourd'hui, 25 euros 47. Eh franchement, c'est moins pire que ce à quoi on s'attendait non ? Surtout que là, y a au moins 3 petits déj et je dirais 4 ou 5 repas. Mais bon après, c'est vrai que je n'ai jamais fait les courses pour de vrai en France alors j'ai pas vraiment de comparatif.

Bon à part ça... Ah oui, je voulais vous mettre quelques anecdotes, du genre qui reviennent tous les jours et que tu oublies 5 minutes après les avoir pensées.
- Vous vous rappelez que les Japonais roulent à gauche ? Bon, ben je me suis aperçu que bien que je me sois habitué à ne plus faire de contresens, je continue de regarder à gauche en premier avant de traverser. Et c'est rigolo parce que ça, c'est beaucoup plus difficile à perdre comme habitude. Ben oui, en France, surtout pour les gens qui traversent n'importe comment, la première information à avoir est celle qui concerne le véhicule qui arrive en premier sur vous ; vu qu'il roule à droite, il arrivera forcément à votre gauche. Donc vous regardez d'abord à gauche. Ensuite seulement vous regardez à droite (à peu près quand vous êtes au milieu de la route, en fait).
Bon, ben ici c'est l'inverse. Alors c'est assez cocasse de continuer de traverser n'importe comment (mais moins quand même : les Japonais ne le font pas alors les voitures arrivent à toute berzingue, donc j'attends d'avoir de la marge) : je commence à regarder à gauche, puis me rappelle que c'est la droite qui compte alors commence à tourner la tête, mais la retourne pour finir d'analyser la gauche, que j'oublie aussitôt en analysant la droite, et finis par reretourner la tête à gauche pour savoir si j'ai le champ libre. Alors bilan final, j'ai besoin de beaucoup plus de marge qu'en France, où je rase les voitures.
M'enfin, pas d'inquiétudes : j'ai très peu besoin d'aller sur la route et si je suis en centre ville, de toutes manières je me fais assez remarquer comme ça pour en plus être le seul à traverser au beau milieu d'un feu vert. Donc je m'en passe, c'est surtout en cas exceptionnel genre pluie diluvienne comme on a eu ces 3 derniers jours. Tiens d'ailleurs, 99% des Japonais ont le même pebroque. C'est bizarre. Je croyais qu'on les donnait, tu sais genre tu viens d'aménager et l'Etat t'offre un parapluie pour aller avec la maison. Mais en fait apparemment non. Et le plus bizarre, c'est que j'ai vu un étal de parapluies tout à l'heure au supermarché et que donc il y avait THE parapluie, mais d'autres modèles aussi !
Tiens, dans le genre anecdote : ce matin je suis allé courir disais-je. Et j'ai été surpris parce que là vraiment TOUT LE MONDE me regardait. Alors je me demandais ce qui n'allait pas : on n'a pas le droit de courir au Japon ? Pourtant j'avais déjà vu des gens le faire... Mon apparence peut-être, alors ? Bon c'est vrai que je suis pas très reluisant dans ce T-shirt et ce short, mais quand même... Mes jambes poilues ? 'paraît que les Asiatiques sont imberbes. Mais même si je n'avais pas mes lunettes, je n'avais pas l'impression que ce soient mes jambes qu'ils regardaient. Et de toutes manières, blond comme je suis mes poils ne se voient presque pas. Je continuais de m'interroger : je n'étais pas encore dégoulinant de sueur ou tout rouge, alors je ne devais pas avoir l'air d'être prêt à claquer d'une seconde à l'autre ; j'ahanais d'accord, mais quand même ! Pas si fort, déjà, et puis quand même, c'est pas "dérangeant" à ce point si ? Mais finalement, je crois que j'ai compris. Je courais sur le trottoir, or apparemment il est bien vrai que les Japonais n'aiment pas les odeurs corporelles ! Donc j'ai couru sur la route et ou bien j'ai inconsciemment arrêté d'y prêter attention (plus occupé par mon souffle vu que j'avais l'impression que j'allais pas tarder à mourir), ou bien effectivement c'était le problème, parce que j'ai vu beaucoup moins de regards tournés vers moi.

Je ne me souviens plus des autres anecdotes que je voulais raconter. Mmmmmh... Je suis particulièrement jaloux d'un Coréen qui se fait de la bouffe ultra sophistiquée. (Pas parce qu'il sait la faire, mais parce qu'il la mange)
Non, plus intéressante serait mon expérience de Yodobashi Kamera. La première fois que j'y suis allé, c'était avec Akihide, le lendemain de mon arrivée, pour trouver un adaptateur et une lampe. J'avais envie d'y retourner pour acheter un appareil photo, soit dit en passant. Mais hier j'y suis retourné parce qu'avec Akihide et Kim-Jon U-ku je crois, ou quelque chose comme ça, un des Coréens (ils s'appellent presque tous Kim-Jong, pour les mecs), le deuxième étudiant international dont il doit s'occuper, on est allés annuler les options que les opérateurs téléphoniques font prendre à la souscription d'un contrat. Oh tiens d'ailleurs, les appels internationaux ne sont bien sûr pas compris dans le contrat, alors je l'ai réduit. 'fin bon, donc on est allés chez 2 AU, celui où moi j'ai souscrit et celui où Kim-Jon a souscrit. Lui a souscrit chez le AU de Yodobashi Kamera. Mais après ces préludes dignes d'une messe nuptiale, voici sans plus attendre la phrase que j'aie eu le temps d'écrire sur mon carnet lorsque j'y étais : "Quand vous entrez dans Yodobashi Kamera, et plus particulièrement que vous allez dans l'aire des portables, vous avez une bonne idée de ce que l'Enfer doit être." La dernière proposition est barrée parce que c'est un peu exagéré quand même, mais n'empêche : quelle folie ! Alors déjà, quand Akihide s'était occupé de moi au premier AU, c'était marrant et embarrassant à la fois, parce qu'encore une fois je n'ai rien compris à ce qui se passait. Enfin si, je savais où le bateau se dirigeait, mais je n'avais aucune idée du cheminement à travers les vagues et les récifs que le voyage comportait. En clair, je savais qu'on devait annuler l'option, mais je n'ai rien su de tout ce qui s'est dit entre Akihide et la vendeuse. Oh au fait !, voilà l'autre anecdote dont je voulais vous parler :
- A la manière de Lost in Translation - la scène où l'acteur tourne la pub pour le whisky - c'est marrant parce qu'alors que le Japonais est censé être beaucoup plus court que l'anglais (un idéogramme remplaçant plusieurs mots), les Japonais ont l'air de tartiner et tartiner et tartiner. On peut se retrouver avec des textes hyper longs alors qu'ils pourraient être beaucoup plus succincts. Du style la lettre que j'ai reçue avec ma carte de crédit japonaise : c'est une impression bizarre que d'être happé dans la feuille tellement il y a de caractères et qu'on n'y comprend rien. J'aimerais retrouver les sensations que j'ai eues quand j'ai appris à lire. Oh tiens au fait, en japonais "dessiner" et "écrire" se disent de la même manière : "kaku". Bon donc voilà : les Japonais écrivent un max alors qu'il ne me semble pas que le besoin existe.
- En écrivant, et c'est vachement surprenant de le voir, les Japonais procèdent par petits coups de poignet secs et précis. Les kanjis sont toujours écrits très petits (et je maudis ça), et ils ont appris à écrire très vite et par petits à-coups. Alors ça m'a marqué de voir Akihide tracer des chiffres romains, et notamment le zéro. Les Japonais ne savent pas faire de 0. Le trait est trop long pour eux : à la limite le 2 ça va (même s'il est un peu enfantin comparé à ce que je connais) et ils peuvent trouver des astuces comme pour le 7, où il devient carrément alambiqué par rapport à ce que je connais), mais non, selon n'importe quel critère les Japonais ne savent pas tracer de 0. La boucle n'est jamais fermée. Et donc j'explique ça par l'habitude de tracer de tous petits traits, tandis que nous avons l'habitude d'écrire plus gros et surtout plus lié.

Revenons-en à Yodobashi Kamera. Akihide m'avait montré l'aire des portables la première fois qu'on y était allés, mais on était vite montés dans les étages (le bâtiment est immense) et à la manière des supermarchés, la surprise et l'inconfort étaient plutôt visuels. Mais là, dans les portables elle était bien sûr visuelle, avec tous ces étals, tous ces portables et ces ordinateurs, ces lecteurs de cartes SD et tous ces trucs partout, avec ces clients, avec ces néons et derrières les étals des tables avec des vendeurs et des clients en train de parler contrat. Mais non, le pire c'était le bruit. Déjà que je n'aime pas la musique qu'ils mettent dans les supermarchés - bien que pas très forte, même si plus forte que ce que j'ai connu en France - mais alors là c'était réellement infernal pour le coup : la musique + les bruits de portables + les bruits d'ordinateurs + les bruits de clients + les conversations de clients + les conversations vendeurs/clients... Mais surtout, surtout, surtout... LES VENDEURS ! Une demi-douzaine de vendeurs à la criée dans je dirais 50 mètres carrés d'espace "portables", avec des mégaphones et des tas d'offres appuyées par des panneaux agressifs, et tout ça dans une langue absolument inconnue. Le malaise est très prégnant, à la manière de la feuille bancaire bourrée de caractères japonais mais en plus soudain, beaucoup plus brutal et agressif et tout cela en ajoutant aux images le son. Non là vraiment je me suis senti perdu et sans défense. Alors j'ai commencé par fuir puis suis revenu petit à petit en tentant de convertir en euros tous les prix que je voyais en yens pour faire abstraction du bruit, mais finalement au bout de 5 ou 10 minutes j'ai fini par m'habituer et j'ai pu dire en anglais à un vendeur qui venait discuter que je ne pigeais rien à ce qu'il racontait. Mais oui ça n'est peut-être pas l'Enfer, en tous cas c'est son antichambre ou bien le Purgatoire. N'empêche, je crois que la majeure partie du malaise venait de l'incompréhension. Alors c'est un objectif que je me lance : revenir un jour de cette année à Yodobashi Kamera pour y rester fermement, tout comprendre à ce qui se dit et pourquoi pas me laisser happer par un vendeur. En tous cas, il me reste un tas de trucs à découvrir. C'est cool !

Bon allez, je vais m'arrêter là pour aujourd'hui !
Ce soir je vais au restau avec d'autres étudiants.
Oh, un autre truc que je voulais dire : je ne crois pas avoir encore réalisé que je suis au Japon. C'est-à-dire à l'autre bout de la Terre. Non non, pas simplement "à l'autre bout de la Terre" ! Non : A L'AUTRE BOUT DE LA TERRE. De l'autre côté. Très très très loin. Je sais pas bien pourquoi je ne m'en rends pas compte. Parce que ça ne fait pas très longtemps que je suis ici, que je ne parle pas la langue, que je peux discuter pas Internet, que je tiens un blog, que je peux encore pas mal utiliser le Français et mes références aussi, je suppose. Oh tiens ça me rappelle... Je crois que c'est KA qui m'avait dit ça : tu commences par tout comparer avec ce que tu connais ; ensuite tu compares ce que tu connais avec ce qu'il y a ici ; et pour finir, tu y vis enfin pour de vrai.
Allez ciao !

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