samedi 26 septembre 2009

Sur le tas

D'autres nouvelles, toujours au fil de la plume (enfin, des touches en l'occurrence : je garde ce qu'il me reste de papier pour les kanjis que je rencontrerai en chemin, et pour mes envies d'écrire loin de mon ordi).

Alors... J'ai un portable ! Certains ont pu le voir, d'autres (une seule, en fait) y écrire, et ceux qui l'ont vu ont déjà eu la douloureuse expérience d'un appel à 3h du matin. Désolé, je sais bien que vous dormez mais je voulais absolument vérifier si ça marchait tant que Akihide était là. Et en fait apparemment j'avais fait la bonne chose (enfin c'est pas certain, quand même) mais j'avais juste pas attendu assez. Enfin bon : mes 2 heures par mois vont enfin me servir !

A part ça... Alors, que je décrive un peu le campus de la fac : le campus de Hokudaï (dont voici l'écriture en kanjis : 北海道大学, enfin ça c'est « Hokkaido daigaku » ; Hokudai c'est ça : 北大. Voici comment ça se découpe : 北海道 = Hokkaido ; respectivement les kanjis signifient « nord », « mer/océan », « chemin » (nota bene, je suppose que ce , do est le « do » que le retrouve dans « judo », « aïkido », « kendo » et la plupart des sports de combat, qui en général signifient « la voie du » quelque chose. Par exemple, le « ju » c'est la souplesse, et le « ki » c'est l'énergie vitale. Donc l'aïkido, c'est quelque chose plus essayer de trouver la voie de l'énergie vitale. La maîtriser, en somme). Ensuite, 大学 = daigaku, ça veut dire université ; c'est composé de « grand » et « science » (soit dit en passant : est un kanji que j'affectionne particulièrement pour sa généalogie, parce que ça veut dire « enfant », et ça veut dire « lettre »). Alors voilà, comme vous l'avez vu, ce qui me passionne le plus en ce moment c'est l'étude des kanjis. J'ai trouvé un chouette dictionnaire des kanjis en français sur internet, et je peux y passer des heures d'affilée. Alors maintenant, je vais essayer de me discipliner un peu. Cette aprèm, quand j'irai me balader dans le campus, j'emmènerai le bouquin de japonais puis je me poserai quelque part et j'essaierai de les bosser tous, la quarantaine que j'ai dans ce livre. C'est la base de la base. Puis sur le site, j'ai vu qu'on peut classer les kanjis par année (d'étude du japonais j'imagine), et ceux de première année sont assez simples, alors j'essaierai de les ingérer aussi pour le 30 (mon test de japonais). Mais franchement, moi j'adore ça : c'est comme décoder un texte, résoudre une équation, trouver la solution d'une énigme ; c'est tout un monde qui s'ouvre, c'est apprendre de nouveau à lire, c'est maîtriser les mots, la langue, les idées. Et ça, c'est une des choses que je préfère au monde. Manier les traits comme ça, qui dès qu'ils bougent un peu modifient le sens, je trouve ça génial. Des fois le rapport entre le dessin et ce qu'il signifie n'est pas évident, et des fois il l'est. Puis en partant d'un kanji on peut le décliner pour affiner son sens, et pour faire des mots encore plus précis il faut l'associer à d'autres. Par exemple hier, j'ai trouvé « taikutsu » (ennui) en kanjis (tenez, le voici 退屈) ; « taikutsu » je le connaissais en hiragana seulement. En kanjis, les idées associées sont : « retirement » (退, tai) et « se soumettre » (, kutsu). Joli comme association, non ? Ou encore un dernier : entrée et sortie s'écrivent comme ça : 入口 et 出口. Le , ça veut dire « bouche ». Les autres devant sont les verbes « entrer » et « sortir ». La bouche qui fait entrer ou sortir. Particulièrement expressif je trouve. D'autant plus que lorsque Akihide m'a expliqué ça, la porte en question était une grande baie vitrée. Je pouvais presque voir le dragon entr'ouvrir sa gueule. Donc voilà : maîtriser les idées par le dessin (enfin, par un dessin complètement différent de celui de l'écriture romane), moi ça me botte.

Mais au départ, je vous parlais du campus. Alors j'ai toujours pas de plan – j'irai sans doute en acheter un en me baladant cette aprèm – mais Akihide m'a dit que c'est le plus grand campus du Japon. Il dit aussi qu'il fait 2 kilomètres de long (mais il ne compte que 3 ou 4 kilomètres de marche quand moi j'en compte facilement 15 ou 20). En tous cas, y en a pour un bout de temps à le traverser. Comme Sapporo, il est quadrillé par les rues, et l'on s'y repère avec les points cardinaux (genre 18ème nord et 12ème ouest) et les portes d'entrée (style porte 12). Dedans, d'après ce que m'a dit Akihide, on peut trouver à peu près n'importe quoi : des magasins de fringues, de vélo, des libraires, à manger, un hôpital et encore d'autres trucs. Sinon, c'est effectivement immense : lorsque l'on se balade le long de la rue principale, il faut faire attention aux voitures, mais plus encore aux innombrables vélos (les vélos abondent ici, il y en a partout, à peu près parqués dans des endroits spéciaux). On croise de tout : des européens, des Japonais en costume, des touristes Asiatiques appareil photo au cou, se faisant prendre en photo devant les bustes qui décorent la route et l'entrée des parcs. Du genre « et celle-là, c'est moi devant le buste de ce mec que je ne connais pas, et celle-ci c'est moi devant ce même buste mais on y voit cet arbre en plus et cet oiseau a disparu, quant à celle-là, c'est moi et Machine toujours devant le buste et l'arbre qu'on voyait tout à l'heure est caché par Machine ». Enfin bref. Oui parce que le campus est bourré de vert. Il a des arbres partout, et des parcs de chaque côté de la route lorsque ce n'est pas des bâtiments de cours. Les parcs, c'est un peu de dénivelé de gazon bien taillé, avec souvent une rivière qui court au milieu, des passages aménagés par des rochers plats disposés régulièrement d'une berge à l'autre et des arbres ici et là (ne pas oublier de se faire prendre en photo devant le tronc d'arbre coupé), avec des bancs pour s'asseoir discuter ou manger. Très très sympa, et très très zen surtout. Je vous prendrai ça en photo un de ces 4. Dans les arbres, surtout le long de la route, il y a des corbeaux. Beaucoup de corbeaux, et d'énormes corbeaux, pas du tout apeurés par les humains. Je suis passé à 30 centimètres de l'un d'entre eux sans qu'il bouge. Les corbeaux ici, c'est les pigeons à Paris quoi. Sauf que 1. leur cri est affreux. Au moins les pigeons on peut se foutre de leur gueule quand ils avancent, mais là les corbeaux sont carrément horripilants 2. ils sont plus jolis. J'ai du mal à l'admettre tellement leur cri est abominable, mais leur noir luisant est assez séduisant je dois avouer 3. ils sont complètement tarés. Akihide m'a dit qu'il leur arrive d'attaquer les passants. Au moins les pigeons, le pire qu'ils font c'est venir te picorer les pompes. Enfin bon : une vraie saloperie donc. Et ils n'ont rien de sacré pour les Japonais ; je me demande pourquoi ils n'ont pas déjà essayé de les dégager ou de réduire leur nombre : il paraît que c'est une vraie plaie parce qu'ils déchirent les sacs poubelle dans la ville et en foutent partout, et ils attaquent en plus. Donc je disais que lorsqu'il n'y a pas de parc (c'est un grand jardin plutôt qu'un parc hein, ne vous y trompez quand même pas), il y a des bâtiments. J'ai été assez étonné de voir un « department of research in higher education » : un département rien que pour ça ça m'a surpris. Alors j'en conclus qu'il y a une tripotée de « departments » ; du style Akihide qui fait de la biologie moléculaire : quand je lui demande s'il bosse au « department of medicine » que l'on venait de passer, il m'en cite un autre. Il y a des tas de bibliothèques, toutes plus grandes les unes que les autres, certaines abritant carrément un musée. Et puis il y a ce que j'appelle le centre administratif. Je ne suis pas encore allé plus loin, mais je crois n'être pas loin du bout du campus. Les étudiants, pour se retrouver là-dedans, se donnent rendez-vous aux Portes dont je parlais tout à l'heure. Et ils vont manger dans l'une des nombreuses cafét' qu'il y a sur le campus. Donc cette aprèm, mission de reconnaissance.

Mmmmh... Ensuite, je pourrais parler du dormitory. Sans faire la description encore du truc parce que ça devient long, je vais parler des évènements marquants de ce matin. Le premier est que je ne suis pas foutu de comprendre à quelles horaires fonctionnent les autres. Ce matin, quand je me suis levé à 8h c'est moi qui ai déclenché les lumières ; donc ça faisait un bout de temps que personne n'était passé. J'ai du mal à croire que des jeunes qui ont la vingtaine se lèvent à 6h. Mais là, quand je suis passé à 10h puis à 11h30, je n'ai encore vu personne. Si : quelques Asiatiques (des Chinois je crois) qui mangeaient. Je ne sais pas si c'était leur petit dèj ou leur déjeuner. 'fin bon, peut-être qu'un de ces 4 je me lèverai à 6h pour voir si les autres commencent leurs journées à cette heure. En tous cas, à minuit il y a toujours un peu de monde dans les couloirs, et c'est à 1h/2h que je suis le dernier debout.

L'autre événement, c'est que je crois avoir pigé comment fonctionne le jet d'eau des chiottes. Alors désolé pour le passage scato, mais après tout je suis tenu le pacte Lejeune ! :-) Voui donc, conformément à la légende, les toilettes japonaises sont différentes des nôtres. Que Slavoj Žižek se rassure, elles ressemblent aux toilettes françaises : sa typologie tient donc. En revanche, je ne suis pas certain que les Japonais soient aussi « expéditifs » que les Français. Leur empereur (Heisei) a toujours sa tête en place à ce que je sache ! A part ça, la cuvette est chauffée. C'est vachement agréable je dois dire. Quand on s'assoit, à droite il y a quelques boutons, heureusement illustrés. Une fois que l'on s'est risqué à appuyer sur celui qui fait un jet d'eau vers le haut, les toilettes se mettent à gargouiller et on se prend un jet d'eau dans l'arrière-train. Après, il faut s'ajuster sur le jet d'eau ; c'est assez marrant et pas tellement désagréable – même si se retrouver le cul trempé est déroutant, la première fois. Pour arrêter ça, il y a un bouton stop. (Que je vous dise quand même la découverte de ce matin : le truc, pour n'avoir pas besoin de se torcher, c'est de se nettoyer avec ce jet d'eau et d'attendre un peu que l'eau finisse de goutter ; sinon, comme je le disais à mes parents et ma soeurette morte de rire, non seulement les feuilles, ultra-minces parce que pas prévues pour ça, se désagrègent avec l'eau, mais en plus on n'est pas du tout lavé donc les feuilles se désagrégeant on finit par se torcher avec des lambeaux et surtout avec ses doigts...) Le troisième bouton est un pictogramme de femme. Je crois donc savoir vers où le jet d'eau est dirigé mais je n'ai pas encore essayé. Peut-être qu'un jour j'essaierai, quand même. Quand on tire la chasse, le lavabo au-dessus du réservoir d'eau à l'arrière des toilettes fait couler de l'eau pour se laver les mains. Si bien qu'en fait, on n'a besoin de papier que pour s'essuyer le cul et les mains. Mais ça me fend un peu le coeur de rebalancer du papier dans une cuvette si technologiquement avancée, c'est un peu comme laisser l'oeuvre inachevée, comme cracher sur un tableau. Je dois pas être assez postmoderne pour ça :-) Quant à jeter le papier dans les toilettes et tirer la chasse pour l'évacuer, ma profonde nature eco-friendly me soulève l'estomac rien que d'y penser, vu que ça fait un gaspillage d'eau pour 3 feuilles de papier et encore un autre pour le lavage de mains. Bilan final, je sors toujours des toilettes avec les mains dégoulinantes (parce que le torchon des lavabos est trempé en permanence). Tiens, peut-être qu'un jour je viendrai aux toilettes avec ma serviette à mains de ma chambre ; ça sera cocasse.

Bon allez, ça fait pas loin d'une heure que j'écris, maintenant je vais aller glander 2 secondes, casser une croûte et explorer le campus ! Je ramènerai des photos, et en attendant je vous mets celles de la vue de ma chambre. Les 2 premières ont été prises hier vers 16h30 si je me souviens bien ; il faut savoir qu'à 18h il fait nuit noire. Les 2 suivantes ont été prises ce matin vers 10h.

Allez, bonne journée !

2 commentaires:

  1. Après une explication tellement detaillée et scatologique du fonctionnement des toilettes japonais, j'avoue qu'après m'avoir bien marré en t'imaginent assis, complètement perplexe et fasciné ac les differents boutons et opcions, j'ai bien envie d'en utiliser un ! Rien que pour découvrir ce mysterieux bouton destiné à les "parties nobles" de la femme .. lol Mais voyant que ce rencontre semble malheureusement lointain je te prie de l'essaier pour moi et de partager tes impressions ac moi!
    Ah ! je pensais aussi que l'option d'acheter une petite pouvelle à un 1€ pour les toilettes pourrai servir à ton sprit eco-friendly à la perfection; mais bon, vue son avancé tegnologique, peut etre ils n'ont plus de pouvelles, mais une machine de destruction de papiers qu'on achette dans des magasins especialisés, surement pas à 1€ ... :S

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  2. événement, §5, lol c'est juste pour te faire chier. J'aime bien te lire pq on voit bien les moments où tu t'es dit:"Whaouh! Chuis trop fier de moi elle claque celle là! " Et tu fais bien partager les émotions. Bonne chance, c'est Arnaud

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