jeudi 24 septembre 2009

Avant le départ

Voici ce que j'ai écrit dans mon carnet, sur le vif, sans rien modifier. Le deuxième paragraphe avait été écrit au milieu du premier, donc c'est normal que ça soit chronologiquement incohérent.

Me voici dans l'avion. Les péripéties de l'embarquement ont fait que je me retrouve en première classe. Je n'ai aucune idée de ce que je fous là. De l'arrivée à l'aéroport, il ne me reste que des fragments de scène : Papa qui se gare, avec la valise dans le coffre. Le couloir sans fin des compagnies aériennes. Moi qui appelle Manon, complètement affolé mais refoulant du mieux que je peux. L'adieu, bref et d'autant plus déchirant, avec Papa et Juju. Puis la course jusqu'au sas d'embarquement. Et là j'écris. J'écris pour me retenir de pleurer. Jamais je n'ai écrit comme ça. On bouge, on ne va pas tarder à décoller. Quand je regarde autour de moi, les trois quarts des passagers ont le teint jaune et les yeux bridés. Rien de ce qui est écrit ne l'est dans ma langue. Mais, une courte annonce vient d'être faite en français ; c'est inattendu. On m'a offert Le Monde. Je me fous des nouvelles ; je ne l'ai même pas ouvert. Je veux juste garder au maximum ce qu'il me reste de moi (de « ce qui fait que je suis moi », comme je vous ai tant rabâché ça). Je n'ai jamais pris un avion comme ça : j'en suis encore plus étranger. J'ai ramé pour enfin m'asseoir : je n'avais pas eu le temps de regarder mon siège sur mon billet ; je ne savais pas où regarder pour trouver le « 10 E » ; il y a des trucs sur mon siège que je balance dans le bac derrière moi ; j'y mets aussi mon sac ; je finis par comprendre où doit aller ma valise ; d'autres gens attendent pour passer ; je finis pas m'asseoir, ne comprenant rien, les joues en feu – un peu comme si je n'étais arrivé là qu'à l'instinct – ; je regarde ce que font les autres, comment ils se tiennent et où ils ont posé leurs affaires – ON DECOLLE ! – – je me mords encore la joue jusqu'au sang pour ne pas pleurer ; l'image de Papa et Juju, la toute dernière fois que je les ai vus, me revient à nouveau et je pleure finalement et enfin – – tout le monde s'en fout ; je me rappelle des consignes en cas de catastrophe, vachement rassurant (non je ne lirai pas votre livret en cas d'urgence) – quand je me suis assis, j'ai encore copié les autres pour voir ce qu'ils faisaient. Et quand j'ai enfin cessé d'être complètement perdu extérieurement, je me suis perdu à l'intérieur de moi-même : dans le vague. En essayant de me rassembler, de faire le point. Tout ce que j'ai réussi à extraire de moi au bout de nombreuses secondes de vide, c'est : « Mais qu'est-ce que je fous là... ». Je me disais que, assis entre deux supposés japonais, j'avais honte de bosser leur langue à côté d'eux. Ici, tout est en 3 langues : japonais, anglais et peut-être chinois. Comment je saurai qu'on ne fait pas une escale en Chine ? Je pleure encore rien qu'à la pensée d'Eva. Ce sera tout pour le moment, je dois me calmer. Là je commence à réalise que vraiment, je pars au Japon. PUTAIN ! J'AI MEME PAS PU AVOIR PAULINE ! Quelle horreur ce départ... Si subit... Comme je suis censé les aimer.


On vient d'annoncer le départ – en anglais. Première pensée : j'aimerais que mes parents regardent l'avion décoller depuis une grande baie vitrée ; j'aimerais qu'ils se tiennent par la taille, que Juju pleure un peu et que Papa ait l'estomac noué. Deuxième pensée : j'aimerais que Manon soit avec eux ; déçue et réjouie à la fois – comme d'habitude. Troisième pensée : j'aimerais que Eva soit au téléphone avec Juju, qui lui raconte la scène. J'aimerais qu'elle pleure un peu – comme moi.

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