lundi 28 septembre 2009

J'oserai, j'oserai demain Quand j'irai sur les chemins A bicyclette

C'est amusant ce besoin de sécurité que j'ai.

Je viens d'acheter un vélo d'occasion : 5.800 yens, soit 2,5 fois moins que s'il avait été neuf (14.800 yens). En euros, ça donne environ 45€ contre environ 115. Bon mon colon, quelle affaire ! Comme pour tout, on a besoin d'un nombre impressionnant d'informations. Ce matin donc, c'était la vente de vélos d'occas'. Hier je me suis couché tôt, quand j'ai senti la fatigue, et à 23h je crois je dormais. Pour me réveiller 2h plus tard sans pouvoir me rendormir avant deux heures. Bilan final, ce matin je me suis rendormi aussi sec après avoir éteint mon réveil, pour finalement me réveiller à 8h45 au lieu de 6h30. La vente commençait à 9h, je suis donc parti à 10h sans grand espoir. Finalement, arrivé au magasin à 10h30 je n'ai pas vu le stand de vélos d'occasion (il y en a tellement sur le parking que je ne l'ai pas aperçu parmi tous les vélos garés) et je suis monté au deuxième étage du magasin, au bookstore, pour me trouver une carte de Sapporo. En sortant du dormitory je me suis aperçu que je n'avais pas pris mes lunettes mais je n'avais pas voulu aller les rechercher à cause du temps que ça aurait pris. Je me suis aperçu de la dimension de mon erreur dans le bookstore. Arriver dans une libraire en langue étrangère, par-dessus le marché inconnue et demandant la plus grande concentration visuelle alors que l'on ne voit pas correctement à 1 mètre (donc laissez tomber les kanjis, dont vous êtes submergés par ailleurs) c'est rigolo tellement c'est déroutant et idiot. Alors comme à mon habitude, j'ai fait le tour du bidule (mais vraiment le tour en plus, je ne suis pas passé à l'intérieur des rayons, comme si je ne voulais pas me perdre) enregardant les étalages et les panneaux dont je ne comprenait rien à part le kanji « science ». J'avais eu cette nuit l'envie d'acheter un livre en japonais pour y décrypter les kanjis, mais en voyant les bouquins auxquels j'avais affaire j'ai vite abandonné l'idée. Puis je suis tombé sur des livres en anglais, et j'en ai pris un : « A very short introduction to chaos », comme si je me sentais à la maison. Je suis tombé sur des livres pour enfant ensuite, mais en voyant que pour les comprendre je n'avais pas besoin que des kanjis mais aussi de la grammaire, je me suis dit que j'allais attendre de finir le bouquin de japonais que j'ai. Et en plus ils était beaux, avec plein d'illustrations, alors ils devaient être chers.

C'est fou la place que prend la langue dans notre vie. Il n'y a pas si longtemps (2 semaines je pense), je disais à Eva que j'en avais assez du français. Même si je ne connaissais pas tous les mots, je connaissais les roublardises de la langue et je pouvais prévoir quelle expression serait utilisée à tel ou tel moment, et qu'en gros je me sentais maîtriser complètement la langue, sa structure voire même son essence. Et connaître tous les mots ne servirait de pas grand-chose (à mon avis c'est vachement présomptueux de dire ça pour un gamin de 20 ans ; c'est plutôt parce que je ne connais pas grand-chose de la langue que j'ai l'impression de tout connaître ; mais n'empêche que.). Alors je m'étais dit que tous les 5 ans par exemple, il faudrait changer de langue comme on change de maison. Je me disais qu'il fallait abandonner sa langue maternelle et s'en choisir une autre. Je ne m'apercevais pas de la difficulté de la chose. Mais je pense toujours que ça doit être une idée intéressante. Ca rentre dans ma réflexion sur « changer » de vie, sur le fait que non, on n'a pas « qu'une vie », qu'on peut en avoir plusieurs. Et que par exemple, lorsqu'on décide d'un changement de langue il faudrait changer absolument tout : son métier, son lieu de vie, ses amis etc...

Enfin bon. J'ai acheté mon livre, et j'ai encore eu des problèmes avec ma carte. Je ne sais pas ce qu'elle a mais il y a toujours des problèmes, à chaque fois on me demande si c'est la première fois que je l'utilise et non, bien sûr que non, alors toujours un collègue vient à la rescousse et arrive à faire rentrer ça dans l'ordre. Soit dit en passant, heureusement que cette nuit je ne me souvenais plus de mon code et que je suis allé le revoir parce que sinon ce matin j'aurais eu l'air encore plus con. Puis je suis sorti, j'ai croisé des vélos qui avaient l'air à vendre, je n'ai pas vu le prix ; peut-être qu'il n'y était pas ou peut-être que j'étais trop miro pour le voir. Mais la galère du magasin m'avait déjà vidé et je voulais seulement me barrer, errer un peu en me dirigeant vers le magasin où je savais qu'ils vendaient des vélos neufs, en me disant que ça serait simple : je file le cash et c'est mar. J'avais marché 2 minutes et sorti le livre en anglais en me léchant les babines quand je me dis que vraiment c'était trop idiot et que j'allais payer cher et que j'étais quand même une sacrée fiotte, que je pouvais m'en sortir après tout. Haha, l'inconscient :-) C'est vrai que je m'en suis sorti mais mon vieux, heureusement que je n'étais pas seul !

Je suis retourné dans le magasin, et j'ai demandé à la caissière si elle parlait anglais. Elle m'a répondu d'un air de tête « non pas vraiment mais essaie toujours », alors je lui ai dit « I'd like to buy a bicycle, a bike » en moulinant des mains comme pour un pédalier. Puis un éclair : « jitensha », bicyclette en japonais. Elle m'a emmené dehors, et a discuté avec ceux qui tenaient le stand que je venait enfin de découvrir (alors qu'il était au beau milieu de tout). Ils me regardaient tous les 3 (les deux proprios et la caissière) en se demandant comment faire et en rigolant, gênés. Puis la proprio a eu la super idée d'appeler deux autres étudiants en train d'acheter aussi un vélo. Ils sont arrivés, une fille et un mec asiatiques, et le mec a pu me parler en anglais. Donc j'ai choisi mon vélo on a rempli les formalités (écrire son nom en caractères romains, en kana (c'est-à-dire en katakana ; voilà ce que ça donne pour moi : シユー ギヨム, Choux Guillaume), on a besoin de l'adresse, que je ne me rappelais plus, alors il a fallu rechercher dans les acheteurs précédents un qui venait de Minamishinkawa que la fille étudiante, qui s'est avérée être japonaise, a recopiée – d'ailleurs elle m'a très gentiment recopié l'adresse en kanjis lisibles sur un post-it que je garderai maintenant constamment sur moi –, il faut aussi un numéro de téléphone et d'autres trucs que les deux étudiants m'ont rempli. Puis on est allés acheter un antivol, et on a discuté un peu avec l'étudiant : c'est un taïwanais en échange aussi, la Japonaise est son supervisor et il s'appelle Wen-i à ce que j'ai compris. Il parle un peu français et il m'a dit, en voyant que Akihide n'était pas là (il accueille un autre étudiant de HUSTEP aujourd'hui) « Oh you're very independent! ». J'avais envie de lui répondre « No I'm fucking not! You're kindly helping me and I'm here doing fucking nothing cuz I just can't! » mais j'ai simplement souri. Après avoir récupéré le vélo et les avoir chaleureusement remerciés tous les deux, je suis parti et j'ai fait mon premier contre-sens. Les japonais roulent à gauche. J'ai dû m'arrêter devant un rond-point du campus pour me demander dans quel sens on devait tourner. C'était un plaisir indicible de rouler, je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être parce que pour le moment c'est la seule chose qui m'obéisse sans me poser de question (à l'inverse de la machine à laver par exemple, dont je ne comprends pas les boutons). Ou qu'enfin je ne marchais plus et j'étais plus isolé, donc que je ressentais moins mon étrangéité. Toujours est-il que j'ai dû revenir au dortoir, mû par je ne sais trop quelle envie sinon celle du connu, de la sécurité. Et ici, j'ai retrouvé l'odeur particulière de ma chambre, mon lit défait rageusement cette nuit parce que je n'arrivais pas à dormir, et j'écoute Eluvium qui me calme on ne peut plus.

Je ne resterai quand même pas sur cette petite victoire – sauf s'il pleut – : je vais ressortir, le bouquin de japonais à la main, sillonner le campus, trouver un banc et des panneaux et tenter de les déchiffrer avec le livre.

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